Les réalisateurs qui feront 2019 (1/3) : Quentin Tarantino

Les réalisateurs qui feront 2019 (1/3) : Quentin Tarantino

Une nouvelle année de cinéma commence. On peut d’ores et déjà multiplier les prévisions, penser qu’elle nous réservera surprises et déceptions, conformisme et poésie, films classiques un brin rassurant et objets originaux d’avantage déconcertants.

Mais plutôt que de disserter sur des adjectifs, attachons-nous aux personnes qui vont faire cette année de cinéma. En première ligne sont les réalisateurs, chefs d’orchestre des long-métrages. Nous allons voir, à travers 3 articles mettant en exergue la relation entre leur carrière passée et leur réalisation de cette année, 3 réalisateurs qui feront l’année 2019.

A commencer par le plus ambivalent, Tarantino le sulfureux, qui depuis ses débuts provoque jets d’encre à répétition, débats sans fin et chroniques contradictoires. Un novateur, vrai réalisateur indé devenu grand manitou d’Hollywood, ou l’histoire d’une extravagance prodigieuse digérée par l’ogre Hollywood.

Le gamin du Tennessee commence son parcours sur grand écran avec le formidable Reservoir Dogs, réel réservoir d’acteurs tarantinesques (avec une sacrée gueule et une élocution qui leur est propre) qui resteront toujours fidèles au réalisateur. Certains tel que Michael Madsen ou Kurt Russel sont d’ailleurs à l’affiche de Once Upon a Time in Hollywood, le petit dernier qui sort en août, dont nous reparlerons. Après une Palme d’Or à Cannes pour le plus abouti mais non-moins original Pulp Fiction (sur lequel je ne vais pas m’étendre ici car le nombre d’articles intéressants à son sujet dépasse l’entendement), et une baisse de régime en 1997 avec Jackie Brown, sans doute le plus élégant et le moins rythmé du réalisateur, viennent 5 ans de disette. Ces cinq longues années ont ceci de magique qu’elles font de son prochain projet un des plus attendus du cinéma moderne (fut-il un documentaire sur la reproduction des mouches drosophiles).

Heureusement, ce ne fut pas le cas. Du silence de Tarantino résulta une frénésie vengeresse d’inspiration largement asiatique dégoulinant de rouge et de jaune, sorte de saké ketchup-mayo consistant en une explosion continuelle de saveurs, couleurs et influences, provoquant chez beaucoup une grande satisfaction. Ce sentiment est engendré par un genre rare de cinéma que l’on pourrait appeler du jusqu’au boutisme de grande qualité ou de la série B de première classe, au choix. Kill Bill, ouvrage divisé en 2 volets pour le plus grand bonheur du spectateur, allie en effet une technique irréprochable au service d’une créativité foisonnante. Accusés de plagiat par certains, les films reprennent en effet des plans entiers d’autres productions et bandes dessinées asiatiques, procédé entraînant un débat sans fin entre partisans de la théorie de l’hommage et adeptes de celle du plagiat pur et dur. La meilleure étant peut-être la troisième : celle de la porte d’entrée offerte par Tarantino sur la matière utilisée dans ses films, la possibilité pour le spectateur de creuser ses influences (encore faut-il en avoir connaissance, certes).

Sur la question des influences, qui concerne tous ses films, il faut rajouter que le réalisateur sait les digérer, les insérer dans des structures narratives complexes élaborées par ses soins (c’est en effet un des rares réalisateurs de cette envergure à s‘occuper lui-même de tous ses scénarios) auxquelles il rajoute bien plus qu’une simple « touche » personnelle : des dialogues travaillés parfois jusqu’à l’excès, un montage souvent non-linéaire ou encore une réalisation quasi-théâtrale faisant de chacun de ses films, plus qu’une large imbrication de tout le cinéma qu’il affectionne, un film DE Tarantino.

Le réalisateur a ensuite connu un échec commercial avec Boulevard de la mort, échec compréhensible en partie en ce qu’il constitue un hommage aux films d’exploitation des années 1970, révérence impliquant de fait une baisse de la qualité cinématographique générale par rapport à ses dernières productions.

Puis vient la dernière partie de son œuvre, une trilogie retraçant certains passages de l’Histoire américaine, à la sauce Tarantino. L’uchronie Inglourious Basterds, portée par le formidable trio Pitt-Waltz-Laurent, est un film savoureux et jouissif de bout en bout qui n’a d’égal que Django Unchained, l’avant-dernière réalisation de QT. Ce dernier possède une des meilleures bandes originales du XXIème siècle, et est porté par 4 acteurs mémorables : Jamie Foxx en héros charismatique, Samuel L. Jackson dans le rôle d’un majordome délirant, DiCaprio en grand méchant débordant de cruauté, et surtout un Christoph Waltz toujours plus fort (qui prouvera dans Spectre que cette excellence n’est une fatalité pour personne). Django est un enchantement continuel qui transforme 2 heures 45 minutes de visionnage en un bref moment de joie. Avec son dernier film, le cinéaste continue de nous délivrer sa vision de la mythologie du western. Unité de temps et quasi-unité de lieu, Les Huit Salopards pousse à l’extrême les spécificités du cinéma de Tarantino et montre leurs connivences avec le genre western : dialogues étirés au maximum, mise en scène théâtrale au possible et climax du récit précédant un dénouement d’une grande violence. Du Tarantino essentiel pour certains, caricatural pour d’autres. Voilà pour le pedigree exceptionnel du réalisateur.

L’enseignement principal à tirer de cette carrière, pour les critiques comme pour les spectateurs, c’est que l’impatience due à la sortie imminente de son nouveau film est légitime. Légitimité d’autant plus renforcée par le fait que le réalisateur a affirmé en 2016 qu’il ne ferait sans doute plus que deux films avant de raccrocher, déclaration qui fait de Once Upon a Time in Hollywood le possible avant-dernier film de Tarantino. Dans ces conditions, et au vu de la réputation de l’intéressé, on a du mal à imaginer une sortie par la petite porte. Les informations dont on dispose sur le long-métrage montrent d’ailleurs qu’une telle sortie est très peu probable. Premièrement parce-que le scénario prend place à Hollywood en 1969, soit le lieu du rêve américain par excellence qui plus est à une époque symbole du « cool » étasunien. Deuxièmement, il est en partie relié à une figure criminelle déchaînant comme nulle autre les passions en Amérique du Nord, Charles Manson. Enfin, parce-que le casing est composé de deux des plus grandes stars du cinéma mondial, Brad Pitt et Leonardo DiCaprio. En bref, ça promet.

Rendez-vous donc dans les salles américaines le 26 juillet 2019 et dans les cinémas français le 14 août 2019, et comme a coutume de dire le père de Pulp Fiction, « Viva la cinema » !

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