Les réalisateurs qui feront 2019 (2/3) : Martin Scorsese, épisode 2

Les réalisateurs qui feront 2019 (2/3) : Martin Scorsese, épisode 2

Suite du récit des aventures du monument du cinéma américain, Martin Scorsese

Lire la première partie : Les réalisateurs qui feront 2019 (2/3) : Martin Scorsese, épisode 1

Les années 2010, enfin, sont un mélange entre une continuation du traitement par le réalisateur de ses sujets favoris et certaines prises de risques relativement étonnantes. Scorsese commence la décennie avec Shutter Island, thriller passionnant porté par un scénario magnifiquement ficelé et, une fois de plus, par un grand DiCaprio. Sous côté par la critique mais reconnu à sa juste valeur par les spectateurs, Shutter Island est une plongée dans les méandres d’une île, d’un asile et d’un esprit où réalité et projections mentales s’imbriquent à merveille jusqu’au dénouement final.

Il précède un film destiné en partie aux enfants, première œuvre du réalisateur à s’adresser à ce public. Hugo Cabret, sorti dans les salles obscures en 2011, est un long-métrage en guise d’hommage à George Méliès, père fondateur du cinéma, mais constitue surtout une ode au rêve et à la beauté de l’imaginaire. Succès critique mais échec commercial, le film est pourtant d’une qualité certaine. De plus, Martin Scorsese adopte ici pour la première fois la 3D, avec une maîtrise certaine de la technique et une utilisation proportionnée, à une époque où la 3D était utilisée à tout va pour le meilleur (rarement) comme pour le pire (souvent).

L’avant dernier film de Martin Scorsese constitue un sommet dans sa carrière : alliant un nouveau décor (Wall Street) et un banditisme d’un nouveau type (la criminalité financière), Le Loup de Wall Street est une succession de scènes d’une qualité inouïe mettant en scène des acteurs aux performances dantesques. Si la critique a regretté que DiCaprio ne remporte pas l’Oscar pour sa performance explosive (il a notamment démontré un talent comique certain qu’on connaissait jusqu’alors assez peu chez l’acteur), les seconds rôles sont pour la première fois chez Scorsese les réelles stars du long-métrage.

A citer principalement : l’éclosion de Margot Robbie, dont la beauté et le jeu de séductrice a exalté chacun des spectateurs ; ainsi que le personnage d’associé drogué, vénal voire complètement à côté de la plaque formidablement campé par Jonah Hill.

Enfin, Silence, dernier film du réalisateur, est un ouvrage très personnel que Scorsese a tenté de concrétiser de longue date. Il consiste en une lente contemplation des tortures infligées aux missionnaires jésuites exportant la foi chrétienne au Japon au XIIème siècle, et plus généralement de la vie de misère qui les attend sur l’île (en raison de la persécution religieuse réservée aux chrétiens à cette époque).

Manquant parfois de tenir en haleine le spectateur, le long-métrage est bien résumé par son titre : il y a en effet peu de musique, peu de dialogues, et même peu de scènes pour un film pourtant très long. Ce dépouillement est paradoxalement ce qui fait la force du film : la description froide de l’horreur silencieuse rendant certaines scènes de torture difficiles à regarder pousse à l’indignation et ne peut que toucher le spectateur.

Comme pour Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino, le pedigree du réalisateur constitue donc la première raison d’être enthousiasmé à l’annonce de sa dernière réalisation. Mais là encore, les autres motifs d’attente sont nombreux et légitimes. Principal objet d’attention : The Irishman marquera le retour de deux duos : d’abord le De Niro vintage (c’est son grand retour dans la peau d’un mafieux) accompagné par son fidèle lieutenant et alter ego timbré Joe Pesci.

Ensuite et surtout, le duo De Niro-Scorsese, le réalisateur retrouvant cette année son premier acteur totem, avec qui il a régné sur le cinéma étatsunien pendant deux décennies. A noter que les deux ont eu des trajectoires très différentes depuis 1995 et la sortie de Casino, leur dernier film ensemble. En effet, si Scorsese a enchaîné les films à succès et de très bonne facture, De Niro a tendu vers l’inverse, se maintenant au sommet à la fin des années 90 avec Heat et Mafia Blues, mais sombrant au début du XXIème siècle dans des bassesses que trop d’acteur de haut rang finissent un jour ou l’autre par côtoyer. Multipliant les rôles de plus en plus insignifiants tandis que son jeu devenait de moins en moins profond et tranchant, le niveau actuel de De Niro constitue un réel point d’interrogation auquel devra répondre The Irishman.

Autre marqueur d’importance faisant couler bien de l’encre : le film sortira sur Netflix et non en salles (au moins dans un premier temps). Cette prise de risque est un revirement encore plus grand que celui opéré avec Hugo Cabret car il questionne la possibilité pour le film de mener à bien la course aux Oscars chère à Martin Scorsese. L’académie va-t-elle bannir The Irishman de la course car il sort prioritairement sur Netflix et non en salles, ou Scorsese va-t-il réussir en passant chez l’ennemi à faire cohabiter les deux mondes et à forcer un peu plus la main à l’académie sur le sujet Netflix ? Nous le saurons en fin d’année, la sortie étant prévue en octobre.

D’ici là, je vous conseille de revivre les dernières épopées mafieuses de Scorsese et De Niro, histoire de se remettre dans le bain de sang, d’argent et d’immoralité en attendant le petit dernier des deux géants.

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